Cet été, comme depuis 6 ans, je suis partie chargée de livres. J’ai beaucoup voyagé dans le temps, et dans l’espace,… assise sur mon fauteuil, sur la terrasse à Carnac, au fond de mon lit, sur le canapé dans le salon… Je suis partie en Palestine sous les bombes, aux États-Unis dans de grandes écoles, j’ai traversé la France en mobylette bleue, j’ai nagé en Algérie pendant cette guerre que l’on ne nommait pas, j’ai tremblé face aux milices soviétiques, en Amérique latine, j’ai suivi les traces d’un médecin tristement connu.  Je vous emmène avec moi pour quelques lignes…

Par ordre alphabétique d’éditeur… Il faudra lire jusqu’au bout pour trouver toutes les perles 🙂 Beaucoup de premiers romans par des plumes parfois déjà exercées.

Imago de Cyril Dion chez Actes Sud

Très beau premier roman pour Cyril Dion qui a déjà écrit un recueil de poèmes, est co-fondateur du mouvement Colibris avec Pierre Rabhi, de la revue Kaizen et enfin coréalisateur du documentaire Demain… Beau palmarès pour un homme qui n’a pas encore 40 ans !

Imago se lit d’une traite et doit se lire ainsi pour comprendre le lien entre les quatre personnages, Amandine, Nadr, Khalil et Fernando. Chaque personnage permet de comprendre les engagements de Cyril Dion pour l’environnement et pour la paix. Rien de simplificateur, au contraire. C’est bien le but de son livre, comprendre les racines de ce conflit, décrire l’enfermement, les enfermements. Mais ne vous trompez pas ce n’est pas un livre de géo-politique ou sur l’environnement… C’est un beau roman, prenant. Qui permet de réfléchir. Après le plaisir de lire. Un gros coup de cœur.

 

Le coeur battant de nos mères de Brit Bennett chez Autrement

Encore un premier roman qui devrait faire parler de lui.

L’année dernière, ma représentante m’avait « vendu » le roman de Nikolas Butler Des hommes de peu de foi. Cette année, elle a aimé Le coeur battant de nos mères. Et il y a un gros point commun : Les États-Unis à travers une communauté. Après les scouts de Butler, Brit Bennett aborde une autre Amérique, celle des noirs, californiens, protestants et croyants, des jeunes et plus particulièrement des jeunes femmes. Nadia a 17 ans, elle est noire, brillante, orpheline de mère. Elle vit avec son père très engagé dans sa communauté protestante. Elle tombe enceinte de Luke, fils du pasteur, qu’elle aime depuis longtemps mais avorte sans hésitation pour continuer ses études. A travers ses amours, son amitié avec Aubrey, ses rapports avec son père, Brit Bennett raconte la condition de ces jeunes femmes. L’histoire est passionnante et les personnages sont très attachants.

 

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle chez Flammarion

Reine est maman de trois enfants, divorcée, au chômage, dans son pavillon, dont le jardin est à l’abandon, comme elle… Dans un sursaut d’énergie, elle range son jardin et elle trouve sous l’amoncellement, une mobylette bleue qui va la faire espérer…

Femme à la mobylette c’est un peu comme Une chanson douce, le roman de Leila Slimani. L’histoire est juste affreuse. Comment est-ce possible ? C’est un rappel à l’ordre : voici ce que notre société fabrique, ou comment notre société laisse certains sur le bord de la route ou martyrise les autres… Ces histoires donnent un goût de plus en plus amer aux excès des nantis. Mais qui lit ces livres et se sent concerné ? Nos élus ? Nos ministres ? J’en doute ! Certainement pas notre nouvelle ministre du travail…

Allez, je cesse avec mes considérations politico-économiques… Un roman noir et sensuel.

 

Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud chez Flammarion

Sujet difficile pour Brigitte Giraud. Antoine est appelé en Algérie en 1960 alors que Lila, sa jeune épouse vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Refusant de combattre, il est affecté dans un hôpital. Lila le rejoindra. Leur couple offre un angle de vue intéressant sur cette « guerre » non nommée, il ne s’y bat pas, elle n’est pas pieds-noirs. Pourtant ils y vivent, moitié militaire, moitié civil. Apprennent à aimer ce pays mais voient le danger grandir et la violence dépasser ces appelés qui ne comprennent même pas pourquoi ils sont là. La violence engendre la violence. Un loup pour l’homme.

 

 

 

Tous les âges me rendront bienheureuse de Emmanuelle Caron chez Grasset

Qui est Ilona Serginski ? Cette vieille femme qui demande un prêtre pour confesser ses crimes ? Elle vient d’une lignée Russe qui a subi et fait subir des horreurs aux tortionnaires. Emmanuelle Caron nous entraîne dans les replis de l’histoire Russo-soviétique… Tout n’est pas beau-beau… On est parfois à la limite du réel et de la légende. D’ailleurs, j’aimerais autant que ce soit une légende.

 

 

 

La disparition de Josef Mengele de Olivier Guez chez Grasset

Juste incroyable… Comment ces hommes, ces tortionnaires, ont pu vivre parfois dans le luxe et le pouvoir toutes ces années sans être inquiétés ? Josef Mengele est mort au Brésil en février 1979, 34 ans après la libération d’Auschwitz, sans avoir été jugé. Certains n’ont jamais été inquiétés et sont morts de vieillesse ou d’accident de voiture à un âge avancé, en ayant occupé des fonctions de 1er plan (sujet abordé par Le dernier des nôtres d’Adélaide de Clermont-Tonnerre).

Argentine, Paraguay, Brésil… Olivier Guez nous entraîne dans la cavale de l’ange de la mort. Son enquête montre comment Josef Mengele est passé à travers les mailles des filets… Il a profité de ces dictatures qui l’ont protégé pendant plus de 30 ans. J’espère qu’il  l’a bien décrit et que ce monstre n’a jamais plus vécu sereinement mais dans l’angoisse d’être arrêté. Qu’il aura au moins payé ainsi.

 

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer à l’Observatoire

Un des premiers romans que j’ai lu de la rentrée littéraire… A noter, de très beaux objets pour la première rentrée littéraire de ce nouvel éditeur (issu de la fusion de PUF et de Belin). Au delà de l’objet, le texte de ce premier roman est superbe. Sébastien Spitzer est reporter.

J’ai aimé la forme, le mélange de 3 textes : les lettres écrites à Magda Goebbels, femme la plus puissante du IIIeme Reich, par son père, juif et prisonnier à Buchenwald, le parcours de ces lettres, témoins de ce qui s’y passait, sorties des camps par des prisonniers qui, pour la plupart, ne survivront pas, et enfin les derniers jours de Martha Goebbels dans le fameux bunker, dernier lieu de villégiature des plus hautes autorités nazies… Très fort ! Bravo à Sébastien Spitzer pour ce témoignage de l’histoire. Lors de la présentation de son livre, il expliquait son incompréhension : comment une femme pouvait tuer ses 6 enfants ? Elle avait déjà laissé mourir son père !

 

 

Et oui… Une rentrée littéraire très gaie 🙂 Je vous promets, je ne suis pas déprimée… Et je reprends mon travail d’informaticienne chez Orange demain après 6 ans et 11 mois d’essaimage ! Je vous raconterai ça une autre fois.

En attendant l’équipe du Mille Feuilles vous attend le 22 août : Fred à la cuisine, Olivia et Alexandra (le retour) au service et à la librairie ! Gwenaëlle ne devrait pas tarder à accoucher et reviendra en 2018…

Bonne rentrée et bonne lecture !

 

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